02 novembre 2005

Confusion du soir...

En triant mes photos du week-end j'ai regardé les photos de Jo. Et j'ai ressenti, avec une certaine douleur, que je ne ressentais pas grand chose pour lui. Rien à voir avec l'envie de lui que j'ai ressentie vendredi soir, à notre dernier baiser.

Ce soir en fumant une clope sur le balcon de Guillaume, je me suis revue, au même endroit il y a un an et demi, en train de penser à Laurent, à ce qu'on pourrait être lui et moi.

Et un sentiment douloureux s'est emparé de moi. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il apparaît. Le sentiment que je ne suis pas faite pour aimer.

Quand je vis avec Guillaume, au sens de vivre sans se préoccuper de l'avenir, je me sens bien. Parce que la vie avec lui est en général agréable, parce qu'il est une épaule sur laquelle je peux me reposer, parce qu'il est un guide, même sans rien dire, et même sans qu'il ne s'en rende compte. Sa présence me rassure, j'ai confiance en lui, avec lui je ris et je pleure sans peur d'être jugée, il me fait rire, il est encore capable de me surprendre. Mais je me demande. Je me demande s'il est fait pour moi, parce que lui il est capable de vivre seul, c'est même sa première fonction. C'est pour ça que son égoïsme me révolte souvent, que sa mesure en (presque) toute chose choque mes excès d'émotions, tant positifs que négatifs. Et puis il y a le sexe, aussi. Pas pour le plaisir, mais pour le désir. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai plus la fièvre avec lui. Et je me demande si je l'ai jamais eue. Ca vient sans doute de la durée de notre histoire, et aussi du fait du peu d'expériences que nous avons eues tous les deux avant d'être ensemble.

Mais moi, contrairement à lui, j'ai vécu d'autres choses, même d'autres histoires, pendant ces années. J'ai connu la fièvre brûlante et destructrice du désir, auquel on ne veut pas résister. Et je vois maintenant d'autant plus le contraste avec ce que je vis avec lui.

Et j'ai eu une sorte de vision, tout à l'heure, sur ce balcon, avec cette cigarette qui me faisait un peu tourner la tête parce que ça faisait 5 jours que je n'avais pas fumé. Cette vision, c'est que je ne suis capable de m'enflammer pour un homme que dans une sorte d'interdit, me laisser submerger par le désir que dans la transgression. Le baiser avec Florian dans mon bureau, mon histoire avec Laurent, qui, comme l'a tout de suite identifié élise, était beaucoup liée au cul. Et Johann, aussi. C'est vrai que quand je l'ai connu je n'étais *techniquement* plus avec Guillaume. Et c'est vrai aussi qu'à un moment j'ai senti de vrais sentiments pour lui qui commençaient à s'installer. Mais voilà : je suis revenue à grenoble, je n'ai pas revu Johann pendant 3 mois, et le peu de choses qu'on avait construites lui et moi ne m'ont pas suffi. Vendredi dernier quand je l'ai revu, j'ai été froide, non, distante avec lui, me comportant plus comme une amie avec lui, comme je parlerais avec Laurent par exemple, le Laurent de l'onera. J'étais gênée de certains de ses regards, j'étais mal à l'aise alors que je le voyais plein de désir de me serrer dans ses bras. Et deux minutes avant d'aller chercher mes parents à la gare il m'a serrée et embrassée, et c'est là que je me suis lâchée, que j'ai pris ce cadeau, cette bouche pleine d'amour qui s'offrait à moi. Je ne voulais plus la lâcher, j'ai senti monter en moi le désir, ce désir qui me fait tant défaut avec Guillaume. Et encore une fois, un désir qui prend forme dans une situation de transgression.

Alors qu'est-ce que je dois faire ? Est-ce que je serai toujours comme ça ? Est-ce que ça vient de Guillaume ? Ou plus précisément du couple qu'on forme, de notre histoire commune ? Est-ce qu'on doit se séparer pour mieux renaître ? Pour mieux renaître ensemble, ou chacun de notre côté ? Et est-ce que c'est réellement important de ressentir ce désir pour la personne avec laquelle on vit ? Est-ce que c'est indispensable ou pas ? La tendresse, l'amour, le plaisir, la complicité, est-ce que ça suffit ? Est-ce que ça ME suffit ?

Je ne sais plus quoi penser. Tout à l'heure, sur ce balcon, dans le noir, je me disais que peut-être je devrais voler de mes propres ailes quelque temps, me frotter à d'autres corps, pour voir si ça change quelque chose. Pour voir si ça peut me guérir de cette étrange maladie dont il me semble souffrir. Mais qu'est-ce que ça veut dire "quelque temps" ? Est-ce que ce serait définitif ? Et puis comment revenir à une histoire que l'on connaît déjà ? Mais est-ce que ce genre d'expérience ne change pas suffisamment la donne pour justement se dire que ce n'est plus la même histoire ? La dernière fois qu'il me semble avoir vraiment désiré Guillaume, c'est quand je me suis sentie en danger. Après notre rupture, après qu'il m'ait dit qu'il était prêt à réessayer.

Ca fait un moment que je me dis que je ne suis pas faite pour une vie simple et sans plis. Que j'ai l'impression de ne réellement vivre que quand il se passe quelque chose de plus ou moins tragique. Que le bonheur sans nuage m'ennuie, que je crée des déséquilibres, des problèmes là où il n'y en a pas, comme pour essayer de me sentir vivre. Mais qu'es-ce que j'ai au juste ?

J'en ai marre de ce mal de vivre. Je ne me comprends pas. Ca fait quelque temps que je m'imagine des histoires rocambolesques, comme au temps de mon adolescence et de son vide affectif tendant vers moins l'infini, je construis dans ma tête des scenarii complètement bidon avec un gars de mon boulot. Oui il est pas mal, il a de magnifiques yeux bleus et il s'appelle Laurent, ces trois éléments suffisent à me montrer combien l'histoire se répète, même si ici ce n'est que dans ma tête. Oui je sais très bien, quand je raisonne, qu'il ne se passera jamais rien entre lui et moi. Le fait qu'on travaille ensemble est déjà une bonne raison. Le fait que j'aie un mec en est une autre. Et, pour clore le tout, lui aussi a déjà quelqu'un, et pas n'importe qui : une femme avec laquelle il vit, et qui lui a fait deux magnifiques filles, de 4 ans et demi et 7 ans. Oui je sais tout ça, et pourtant ça ne m'empêche pas de rêvasser. Mais alors quoi ? C'est le déséquilibre sentimental que je traverse en ce moment qui provoque ça ? Qui a fait que tout à l'heure, quand il était assis dos à moi, j'avais envie de lui masser les trapèzes, de le prendre dans mes bras ? Est-ce que ça vient de lui, est-ce que ça vient de moi parce que je suis comme ça, est-ce que ça vient de moi juste en ce moment ?

Et le pire dans tout ça c'est que je n'ai personne avec qui partager tout ça. Rien d'autre que ce blog, qui j'espère ne sera jamais lu par quelqu'un qui me connaît, qui connaît les personnages de ma pièce. Je reste là, plus seule que jamais, le cul entre deux chaises, ou plus précisément entre deux apparts, incapable de réagir, de savoir quelle voie je dois prendre, de trouver la force qui m'aidera à surpasser tout ça.