19 octobre 2005

Al et elle

Mélodie pour un meurtre, Film américain de Harold Becker (1989).
Avec
Al Pacino, Ellen Barkin, John Goodman, Michael Rooker.

Rarement polar de facture classique n'a été aussi troublant. Un 45-tours tourne, un homme nu gémit dans un simulacre de plaisir. Sur ce slow sirupeux, il tombe mort sur le matelas, une balle dans la nuque. Frank Keller, le superflic qui a de la bouteille et y noie régulièrement sa déprime, sait ô combien New York est dur pour les célibataires. Les victimes avaient recours aux petites annonces roses. Frank en passe une, persuadé qu'une tueuse se venge des hommes qui ont la braguette à la place du coeur. Elles sont nombreuses à répondre, femmes mûres ou coquines au regard triste. Parmi les «candidates», Helen, sensuelle comme le danger, secrète comme une tombe, bouillonnante comme le sang.
Frank la veut. Il perd sa raison de flic au fil de ses hanches. La peur est aphrodisiaque. Sera-t-elle l'instrument de sa mort ou l'amour de sa vie?Sous l'intrigue criminelle, au crescendo parfait, Harold Becker parle du désir, de la sueur, de l'attraction irrésistible des corps pour défier la mort. Ce flic usé depuis longtemps par les maux et les mensonges du monde renaît sous les draps au risque de se perdre. « Tu veux me tuer, toi », dit-il à cette femme fatale (jusqu'à quel point?) après une nuit d'étreinte sans fin. Mais la scène la plus torride est habillée. Parade nuptiale dans un supermarché, Ellen Barkin, nue sous son imper, frôle le dos d'Al Pacino. Le regard d'Al est une lance à incendie. Il fait de Frank Keller, flic new-yorkais, une anthologie de masculinité, partagé entre lassitude et ardeur, devoir et démission, sexe et coeur.

(source de la critique :
télérama)